March 29, 2023

“L’idée est d’éclairer l’État avant que des décisions soient prises”

Auteur du rapport remis ce mardi à Clément Beaune et Roland Lescure, ministres délégués chargés respectivement des Transports et de l’Industrie, Philippe Barbier nous explique les solutions qu’il préconise pour assurer la liaison entre les acteurs économiques de la logistique urbaine

La décarbonation se trouve au cœur de ce projet. Le président de la Confédération des grossistes de France (CGF) s’est confié à SITL Daily dans une interview exclusive.

Comment est né ce rapport ?
Avec la logistique durable décarbonée des villes, on est sur un maillon de la chaîne logistique, le début ou la fin. Le sujet est éminemment complexe pour au moins trois raisons. Déjà parce que l’État n’a pas la main, il y a un problème de répartition des compétences entre ce qui relève de ses compétences et des compétences des communes. Deuxième raison, la diversité des territoires. Aucune ville ne se ressemble. Troisième raison, la diversité des acteurs économiques. On m’a demandé un comité de liaison des acteurs économiques. Si vous êtes maire, la logistique des marchandises, c’est nouveau pour vous. Elle se passait bien jusqu’à l’émergence du e-commerce et des livraisons à domicile qui ont fait exploser les choses. Il y a des gens qui livrent, des gens qui reçoivent, des gens qui font des travaux publics… Tout cela amène des camions, des marchandises… Vu la complexité des choses, il n’y a ni solution miracle ni une façon de faire que l’on peut dupliquer partout.

Que préconise votre rapport ?
Il faut sortir les gens de leur silo. Je propose de travailler avec les fédérations professionnelles, pas avec les entreprises parce qu’elles vont pousser pour leur solution. Il faut donc réunir, quelques fois par an, un maximum de fédérations professionnelles concernées. C’est le seul moyen pour harmoniser leur façon de voir, leur compréhension et leurs connaissances, sans créer d’organisation supplémentaire. Certaines fédérations sont très impliquées en logistique urbaine ; d’autres ont leur mot à dire mais ne sont pas dans le coup. Il faut des intervenants extérieurs, dans des réunions où tout le monde entend la même chose, au même moment, et travaille collectivement. L’État a besoin d’une instance pour essayer de comprendre ce que disent tous ces acteurs. On travaille par consensus. On ne vote pas avant de dire à l’État que l’on est tous plus ou moins d’accord sur un sujet, par exemple. Et on explique pourquoi certains disent blanc et d’autres noir. L’idée est d’éclairer l’État, ou la collectivité, avant que des décisions soient prises.

Il faut accepter d’être livré en 24 ou 48 heures, pas dans la minute, et d’aller dans les points relais.

Comment rendre la logistique urbaine durable ?
Par la décarbonation des camions. Par un peu plus de multimodalité, aussi, même si ce ne sera pas simple et qu’il ne faut pas rêver : on ne va pas livrer en péniche les cantines des centres villes, ni à vélo les chantiers qui ont besoin de 12 tonnes de parpaings. L’explosion du commerce électronique pour le consommateur final n’est ni mutualisée, ni massifiée, ni organisée. Il faut regrouper les livraisons de BtoC, accepter d’être livré en 24 ou 48 heures, pas dans la minute, et d’aller dans les points relais. L’explosion des livraisons atomisées crée des problèmes et est horrible pour le carbone. Tout le monde doit s’y mettre pour trouver des solutions.


La SITL, un lieu d’innovations

Philippe Barbier est un visiteur attentif de la SITL. Il en attend plusieurs choses et voit au-delà de cette 40e édition. “J’aimerais que les gens se parlent et se découvrent lors de ce salon, qu’ils arrêtent de se considérer comme concurrents. C’est un lieu d’innovations – le I de SITL signifiant “innovation”. Le salon est un lieu d’échanges, de partage, de réflexion pour les acteurs, les organisations professionnelles. C’est une vitrine, aussi, pour nos professions pour être entendu par les pouvoirs publics, mais aussi pour le recrutement ou la formation professionnelle. Si on veut une France industrielle moderne, il faut une logistique performante. La profession est pleine d’innovations, elle va s’appuyer sur la data, le digital, ce qui permettra également de décarboner à travers les nouvelles technologies.”

Photo : © Roben Pics



“The idea is to enlighten the state before decisions are taken”

Philippe Barbier explains the solutions he has recommended to France’s Ministers of Transport and Industry, Clément Beaune and Roland Lescure, to unite the key economic players of urban logistics

The findings come from a report which he presented to the French government on Tuesday at SITL. In an exclusive interview with SITL Daily, Mr Barbier, President of the Confederation of French Wholesalers (CGF), tells us more about the initiative which has decarbonisation as its main focus.

How did this report come about?
With decarbonised sustainable logistics in cities, we are dealing with a link in the logistics chain, the beginning or the end. The subject is eminently complex for at least three reasons. Firstly, because the State does not have the upper hand, there is a problem of distribution of competences between what falls within its competence and the competence of the municipalities. The second reason is the diversity of the territories. No two cities are alike. The third reason is the diversity of economic actors. I have been asked to set up a liaison committee for economic players. If you are a mayor, freight logistics is new to you. It was going well until the emergence of e-commerce and home deliveries, which made things explode. There are people who deliver, people who receive, people who do public works… All this brings trucks, goods… Given the complexity of things, there is no miracle solution or way of doing things that can be duplicated everywhere.

We have to accept delivery in 24 to 48 hours, not in a minute, and go to the relay points.

What does your report recommend?
We need to get people out of their silos. I suggest working with professional federations, not with companies because they will push for their solution. So we need to bring together, a few times a year, a maximum of the professional federations concerned. This is the only way to harmonise their way of seeing, their understanding and their knowledge, without creating an additional organisation. Some federations are very involved in urban logistics; others have their say but are not in the loop. We need external speakers in meetings where everyone hears the same thing at the same time and works collectively. The state needs a forum to try to understand what all these actors are saying. We work by consensus. We don’t vote before telling the State that we all more or less agree on a subject, for example. And we explain why some say white and others black. The idea is to enlighten the State, or the community, before decisions are taken.

How to make urban logistics sustainable?
By decarbonising trucks. By a little more multimodality too, even if it won’t be easy. It’s not very realistic to imagine that we will deliver canteens in city centres by barge, nor construction sites that need 12 tons of cinder blocks by bicycle. The explosion of e-commerce for the final consumer is neither mutualised, nor massified, nor organised. It is necessary to group B2C deliveries, to accept delivery in 24 to 48 hours, not in a minute, and to go to relay points. The explosion of atomised deliveries creates problems and is horrible for carbon. Everyone needs to address this issue.


SITL, a place for innovation

Philippe Barbier is an attentive visitor at SITL. He expects several things from the show and sees beyond this 40th edition. “I would like people to talk to each other and discover each other, to stop seeing each other as competitors. It’s a place of innovation,’ he comments. “The I in SITL stands for ‘innovation’. The show is a place for exchanges, sharing, and reflection for the players and professional organisations. It is also a showcase for our professions to be heard by the public authorities, but also for recruitment or professional training. If we want a modern industrial France, we need efficient logistics. The profession is full of innovations, it will rely on data and digital, which will also decarbonise through new technologies.”

Photo : © Roben Pics